Made in Prison (Maison du Peuple de Saint-Gilles) – 17 au 23 novembre
Une plongée humaine dans le monde carcéral par le biais de l’art et des paroles des artistes en détention: voilà ce que la CAAP Culture a voulu proposer en mettant sur pied son exposition intitulée Made in Prison.
Tout est parti d’un artiste incarcéré à Haren, qui souhaitait montrer ses sculptures au monde extérieur. Des sculptures empreintes de tendresse (il les réalise d’abord pour ses enfants) et d’une minutie impressionnante. Des sculptures en mie de pain… parce qu’en prison, quand on veut créer, on le fait souvent avec les moyens du bord. Taie d’oreiller déchirée, feuille arrachée à un carnet, marc de café, canettes, bouchons de bouteille, cartons, morceaux de crayon écrasés: tout peut devenir matériau et support. De cet artiste est née notre envie de monter une exposition qui présenterait des œuvres d’art créées en détention, que ce soit au sein d’ateliers ou de manière autodidacte.
Nous avons choisi d’exposer leurs œuvres sans censure ni hiérarchie, pour offrir une fenêtre intime et sans fard sur le monde carcéral. A travers cette cartographie de l’enfermement, nous avons imaginé un parcours dans huit prisons belges à travers les œuvres de celles et ceux qui y sont détenu·es. Mobilier en carton, bijoux, sculptures, peintures, collages, textile, dessins… Chaque pièce raconte une histoire, et ensemble elles poussent à réfléchir à l’importance de la culture en prison et au sens de la peine en général.
Cette exposition collective est le fruit d’une collaboration entre de nombreux services et d’innombrables personnes formidables et prêtes à tout pour faire entendre la voix de celles et ceux que la prison invisibilise. Made in Prison fut donc aussi l’occasion de mettre en avant le travail et l’investissement de tous ces maillons essentiels à la tenue d’un tel projet: formateur·trices, artistes, membres des SAD, personnel pénitentiaire, directions…
Pendant une semaine, plus de 300 personnes sont venues fouler le sol de l’exposition à la Maison du Peuple de Saint-Gilles. Elles ont pu découvrir un art brut et touchant, parfois dur, souvent tendre, toujours signifiant. Et cela n’a laissé personne indifférent, comme en témoignent ces extraits du livre d’or de l’exposition:
“Je repars bouleversée par certains témoignages, éblouie par certaines œuvres et un peu plus consciente du monde carcéral et de ses réalités.”
“C’est magnifique, je suis impressionnée. Quelle variété, quel style! Les textes sont vraiment touchants, émouvants. Que d’humanité!”
“Quand l’art est toujours présent, l’espoir aussi, c’est super important de sensibiliser à cette thématique-là qui est fort importante.”
Fortes de cette première expérience, nous sommes déjà en train de plancher sur la deuxième édition de Made in Prison, avec comme objectif de toucher en priorité les prisons pour lesquelles la participation n’a pas été possible cette année. A l’heure d’écrire ces lignes, l’équipe travaille encore à un livret d’exposition qui sera remis à chaque artiste exposé·e en reconnaissance de leur travail. Un livret pour les remercier et leur rappeler que l’art est un espace de dignité, d’expression et de sens.